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Le couvain plâtré (ascosphérose)
dimanche 14 mai 2006
par David
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Le couvain plâtré, encore appelé communément couvain calcifié, couvain dur ou mycose (et qui répond au doux nom scientifique d’ascophérose) est une maladie du couvain provoquée par un champignon, Ascosphera apis. Elle est exceptionnellement responsable de la perte de la colonie mais peut freiner son développement et la production de miel (ce qui plaît rarement à l’apiculteur). S’il n’est pas rare de rencontrer quelques larves atteintes évacuées devant la ruche, situation peu inquiétante, il faut la considérer, lors d’atteinte notable, comme un révélateur de mauvaises conditions de vie pour la ruche et en tirer des conséquences, comme nous le verrons.

Le développement de la maladie dans la ruche

La maladie est propagée par les spores de ce champignon, qui, lorsqu’elles rencontrent des conditions favorables, germent (généralement dans l’intestin de la larve, plus rarement à travers sa cuticule), pour former un mycélium qui va parasiter et tuer la larve sur laquelle il se développe. Toutes les castes (ouvrières, mâles et reines) et tous les âges de larve peuvent être touchés.

Lorsqu’une larve est parasitée par un champignon + (« mâle ») et un champignon - (« femelle »), il y a reproduction (« reproduction sexuée » est le terme exact), fructification et production de nouvelles spores en quantité gigantesque : plus de 100 millions de spores par larve atteinte ! Ces spores permettront la propagation de la maladie.

Soulignons deux points :

La présence de spores

La contamination de la ruche par « l’extérieur » et la dissémination des spores à l’intérieur de la ruche se fait de manière similaire à celles de la Loque américaine, maladie bactérienne qui « forme » aussi des spores (voir l’article « Gestion des risques de la Loque américaine »).

Les spores sont résistantes dans le milieu naturel (une quinzaine d’année). On considère en fait que les spores d’Ascosphera apis sont présentes partout et que le développement de la maladie se fait si les conditions sont réunies pour que les spores germent :

De mauvaises conditions d’élevage favorisent l’apparition de la maladie

  • Une température basse (souvent un coup de froid) et une humidité importante favorisent en effet la germination des spores : le principal moment d’apparition de couvain plâtré correspond à la fin avril, période souvent humide et froide avec parfois des chutes brutales de température. Souvent ce sont les larves de mâles qui sont le plus atteintes : en effet leur position à la périphérie du cadre et de la grappe d’abeilles (et donc de la chaleur) les rend plus vulnérables aux baisses de température.

 

  • Des nourrices « qui ne sont pas à la hauteur ». Comme lors de Loque américaine, les nourrices détectent précocement les larves malades et les évacuent de la ruche. Si la souche d’abeilles n’est pas assez « nettoyeuse », les nourrices seront facilement dépassées par la progression de la maladie. Si il n’y a pas assez de nourrices pour le couvain présent dans la ruche (à la suite d’un essaimage artificiel par exemple), les soins et la chaleur apportés au couvain seront insuffisant et la maladie se déclarera.

 

  • Une nourriture propice au développement de la maladie : le pH « idéal » du miel, pour ce champignon est de 5,2 à 5.

 

  • Du vieux matériel mal nettoyé et non renouvelé. Plus le nombre de spores dans la ruche est élevé, plus le risque d’apparition de couvain plâtré augmente. En renouvelant les cadres et en nettoyant régulièrement le plancher de la ruche, l’apiculteur réduit « mécaniquement » le nombre de spores.

 

Les symptômes

Commençons par les signes extérieurs à la ruche :

  • Devant la ruche ou sur la planche d’envol, on observe des larves momifiées, dures, blanches (parfois noires). D’où l’intérêt de placer sur le sol devant la ruche une plaque (de béton ou autre) pour bien voir ce que les nettoyeuses évacuent de la ruche (et qui serait caché dans l’herbe).

 

  • Très rarement, une mortalité importante des larves peut provoquer une dépopulation importante et une baisse notable d’activité au trou de vol.

 

  • On notera parfois aussi les signes d’une forte humidité dans la ruche (écoulement d’eau de condensation par le trou de vol), facteur favorisant de cette maladie.

 

Ouvrons maintenant la ruche, si le temps et la température le permettent. L’examen devra, comme toujours, être « vite fait bien fait » pour ne pas refroidir le couvain : Ascosphera apis ne s’attaque en effet qu’au couvain. A rechercher :

  • Un couvain clairsemé, "mosaique" et non compact comme il doit être idéalement : c’est à dire beaucoup d’alvéoles vides au sein du couvain (les nourrices ont en effet évacué une grande partie de larves mortes) et une répartition aléatoire de la larves d’âge différent (la reine repondant dans les alvéoles laissées libres). Le couvain clairsemé n’est pas un symptôme caractéristique de d’autres problèmes peuvent y aboutir (autre maladie du couvain, vieille reine à la fertilité en berne par exemple).
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Mosaïque

 

  • Des larves operculées ou non blanches ou noires. Les larves sont infectées au stade non operculé et meurent généralement autour de la période d’operculation. Suivant le stade de développement du champignon sur les larves malades, on observera :

 

  • Des larves entourées d’un amas cotonneux de filaments mycéliens ( = de champignon) blancs qui occupe l’alvéole. Cet amas peut être facilement sorti (il ne colle pas aux parois de l’alvéole). Sur cette image (de JP Faucon), il s’agit d’une larve de reine dont la cellule a été ouverte pour le cliché.

 

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Filaments mycéliens
  • En fin d’évolution, la larve se momifie, durcit (elle se calcifie). La momie a une consistance crayeuse (d’ou le nom anglais « chalkbrood), elle est blanche le plus souvent. On peut parfois confondre ces larves momifiées avec du pollen envahi par une moisissure du pollen, mais elles sont facilement extraites de l’alvéole et le doute n’est plus possible (le pollen moisi est beaucoup plus friable). En haut pollen moisi, en bas couvain plâtré.

 

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Pollen moisi
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Mosaïque
  • Lorsqu’un champignon + rencontre un champignon - dans la même larve la momie est ponctuée de noir ou entièrement noire (les corps de fructification qui libèrent les spores sont en effet noirs). Les momies blanches ne sont pas responsables de la contagion aux autres larves, ce sont les noires qui propagent la maladie.

 

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Momies
  • Des alvéoles percées (ébauche de nettoyage par les nourrices), comme lors d’autres maladies du couvain au stade operculé (Loque américaine, couvain sacciforme). L’opercule est habituellement de couleur normale et rarement affaissée. En ouvrant l’opercule, on peut observer des larves entourées de filaments ou momifiées et dures comme nous venons de le décrire pour le couvain non operculé (ce qui permet de lever le doute et différencier le couvain plâtré des autres maladies du couvain operculé).

 

  • On peu constater également des larves mortes en position dressée, non operculées, non durcies ni entourées de filaments. Ce n’est pas normal car la larve se redresse normalement après operculation : en fait les nourrices ont repéré précocement la larve malade sous l’opercule et ont désoperculé l’alvéole.

 

  • Enfin, on pourra parfois constater également une humidité excessive sur les parois de la ruche.

 

 Le traitement

Justement : il n’y en a pas ! Question : pourquoi traiter avec des médicaments (et contaminer potentiellement son miel avec des résidus de médicaments) une maladie dont les spores sont présentes partout, qui apparaît lorsque les conditions d’élevage sont mauvaises et qui réapparaîtra si l’on se contente d’un médicament quand l’effet du médicament aura disparu ? Un seul médicament : du chlorhydrate de remise en question (pas si répandu mais tellement efficace...).

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Traitement=prévention

 

Le couvain plâtré est une sonnette d’alarme qui dit à l’apiculteur qu’il pourrait mieux s’occuper de ses petites travailleuses. Pour lutter contre le couvain plâtré, l’apiculteur, qui ne maîtrise pas le temps qu’il fait et les aléas climatiques, devra :

Vérifier les conditions de logement de ses petites locataires :

Leur offrir une place au soleil ! C’est basique, mais l’emplacement du rucher ne doit pas être trop humide et exposé aux intempéries.

  •  Lutter contre les infiltrations : vérifier l’étanchéité du toit et que la ruche soit suffisamment loin de l’humidité du sol.
  • Améliorer l’évacuation des eaux de condensation : incliner la ruche de 3° vers l’avant (sur une Dadant par exemple, un tasseau de 1,5 cm de haut sous l’arrière de la ruche) ou opter pour un plancher aéré (plateau grillagé en entier ou en partie / plateau à tubes type Happykeeper ND).
  • Favoriser l’aération de la ruche : planchers aérés là encore.

Rechercher un « meilleur personnel d’entretien » :

Certaines souches d’abeilles sont en effet plus zélées que d’autres quant au nettoyage des cadres et du couvain. En changeant l’ancienne reine par une reine de souche dite « nettoyeuse », l’élimination du couvain malade sera d’autant plus efficace, réduisant les problèmes de couvain plâtré.

De même il faudra éviter d’amputer la colonie de trop de nourrices lors des divisions de colonies et de respecter l’équilibre entre nombre de nourrices et quantité de couvain.

Eliminer le maximum de spores

L’apiculteur « montrera l’exemple » en nettoyant régulièrement le plancher de la ruche et en renouvelant les vieux cadres. Les colonies très fortement atteintes seront soit détruites soit transvasées sur du matériel neuf ou désinfecté. A noter qu’il est facile de se débarrasser des spores d’Ascosphérose afin d’assainir le matériel provenant de colonies fortement atteintes : flamme ou eau de Javel (1 berlingot de 250 ml pour 6 litres d’eau).

 

En conclusion

Le couvain plâtré est une maladie du couvain de diagnostic généralement aisé. Elle pose rarement de problème grave et ne nécessite pas de traitement médicamenteux mais une amélioration technique : De la ruche et si nécessaire De la colonie en recherchant des souches d’abeilles « nettoyeuses ». Cette maladie constitue un signal d’alarme dont il faut tenir compte : de mauvaises conditions de vie de la colonie favorisant également l’émergence d’autres maladies, redoutables, comme les loques.

D.C.

 

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